L’art de la céramique séduit les Parisiens

En 2021, Paris comptait deux fois moins d’ateliers de céramique qu’aujourd’hui. Ce bond, confirmé par les chiffres de la Chambre des métiers et de l’artisanat d’Île-de-France, ne ressemble à aucune autre tendance parmi les pratiques manuelles. Les sessions affichent complet des semaines à l’avance, tandis que d’autres activités bricolent pour remplir leurs salles.

Des créateurs venus de secteurs inattendus s’invitent désormais parmi les professionnels aguerris, bousculant la scène. Les boutiques spécialisées, elles, constatent une montée de la demande pour des pièces façonnées localement, à l’opposé du standardisé.

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Pourquoi la céramique connaît un nouvel engouement à Paris

Depuis trois ans, la céramique s’est hissée parmi les arts qui comptent à Paris. Plusieurs dynamiques se croisent : multiplication des ateliers, programmation pointue des institutions, percée dans l’art contemporain. L’attrait n’épargne ni les passionnés ni les collectionneurs, il suffit de flâner du Marais à Saint-Germain pour tomber sur des vitrines exhibant des œuvres produites sur place.

Chaque année, la capitale accueille la Saint-Sulpice Céramique, événement issu des « Journées de la Céramique » créées par ParisPotier, collectif de céramistes et de passionnés. Avec le soutien appuyé des Ateliers d’Art de France et de la Mairie de Paris, la place Saint-Sulpice devient le rendez-vous de près de cent créateurs. On y découvre la variété des techniques, du grès à la porcelaine, et l’on échange directement avec les artistes sur leur démarche.

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Musées et galeries ne sont pas en reste. L’exposition « Les Flammes, l’âge de la céramique » au musée d’Art moderne a frappé les esprits, propulsant la céramique sur le devant de la scène. Les galeries spécialisées, de Saint-Ouen à Saint-Louis, offrent un regard neuf sur cet art du feu. Pour beaucoup, franchir le pas d’un atelier ou approfondir leur pratique revient à découvrir la céramique à Paris : façonner, s’ancrer localement, renouer avec la lenteur et la matière.

Ce regain d’intérêt s’explique aussi par le besoin de ralentir, de donner du poids à chaque geste. À l’heure où tout s’uniformise, la céramique garde la trace de la main et la singularité du mouvement. Paris, cosmopolite, en fait un espace d’expérimentation où le rythme du travail manuel et l’attachement à la terre parlent à une nouvelle génération d’artistes et de curieux.

Qui sont les artisans et ateliers qui font vibrer la scène céramique parisienne ?

La scène céramique à Paris bouge, portée par des artisans aux univers affirmés et des ateliers qui ne se ressemblent pas. Tressé Paris, fondé par Ketzia Chetrite et Sivan Chetrite, incarne ce souffle neuf, misant sur la transmission et l’alliance du geste et de la créativité. Leur dialogue avec l’Atelier Buffile, institution d’Aix-en-Provence fondée par Léonie Buffile et désormais menée par Vincent et Romain Buffile, illustre la force du lien entre héritage et innovation. Maîtres du tournage et de l’estampage, ils partagent leur expertise avec un public parisien exigeant.

Direction Limoges : la maison Bernardaud, née sous l’impulsion de Léonard Bernardaud et aujourd’hui pilotée par Michel Bernardaud, demeure une référence pour la porcelaine. Ses collaborations avec Jeff Koons, Marina Abramović ou Dior renforcent la présence de la céramique dans les milieux de l’art contemporain et de la mode. À Paris, les galeries jouent le rôle de passeurs : la Galerie Collection met à l’honneur les métiers d’art, la Galerie Christian Berst s’aventure du côté de l’art brut, et la Galerie Da-End cultive l’esprit cabinet de curiosités avec des artistes comme Toshio Saeki ou Markus Åkesson.

L’enseignement suit la même dynamique : Delphine Bonnart dirige Art et Techniques céramiques, tandis que Suzie Le Pennec, Corentin Brison et Les Trois Potes forment la relève. Paris se transforme ainsi en véritable laboratoire, où la tradition du grès côtoie la recherche de formes inédites et la volonté de concevoir des pièces qui ne ressemblent à aucune autre.

Artisan céramiste âgé exposant ses bols peints en extérieur

Découvrir, apprendre et soutenir : comment s’initier à la céramique et encourager l’artisanat local

Le modelage, le tournage ou encore le coulage attirent aussi bien les curieux que les professionnels qui cherchent à retrouver du sens dans la matière. À Paris, plusieurs ateliers et écoles invitent à une immersion dans la pratique. L’école Art et Techniques céramiques, conduite par Delphine Bonnart, transmet les gestes fondamentaux et accompagne les élèves du façonnage jusqu’à la vitrification. Chaque étape met la main à l’épreuve, loin de tout virtuel.

Parmi les rendez-vous à ne pas manquer, la Saint-Sulpice Céramique, héritière des Journées de la Céramique lancées par ParisPotier, réunit chaque année sur la place Saint-Sulpice artisans, créateurs et public curieux. Portée par les Ateliers d’Art de France et la Mairie de Paris, la manifestation donne l’occasion de voir naître des pièces singulières, d’encourager la production locale et de s’essayer à plusieurs techniques de décoration : émaillage, gravure, décor en réserve ou peinture à la main.

Voici quelques manières concrètes de se lancer ou d’encourager la discipline :

  • Prendre part à un atelier poterie pour s’initier au colombinage ou à l’estampage
  • Découvrir les matières premières et outils auprès de Ceradel, expert des matériaux pour céramique
  • Aller à la rencontre des céramistes lors d’événements impulsés par l’Institut National des Métiers d’Art

Choisir de soutenir les métiers d’art, c’est privilégier les circuits courts et miser sur l’achat direct auprès des créateurs. Apprendre la céramique à Paris, c’est prendre part à une tradition vivante et contribuer, à son échelle, au renouveau de l’artisanat.

Dans les rues de Paris, les vitrines aux reflets d’émail racontent une cité qui façonne, expérimente et transmet. L’art de la céramique y dessine un avenir où chaque pièce, comme chaque geste, compte.

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