Marseille compte environ 877 215 habitants selon le recensement de 2022. Derrière ce total se cachent des réalités très différentes selon les quartiers, les âges et les modes de vie. Qui habite vraiment la deuxième ville de France, et dans quelles proportions ?
Marseille, métropole universitaire : le poids réel des étudiants
Les tableaux de l’Insee découpent la population par tranches d’âge, mais ne distinguent pas les étudiants du reste des jeunes actifs. Ce découpage masque un phénomène massif.
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Aix-Marseille Université revendique plus de 80 000 inscrits, ce qui en fait l’une des plus grandes universités francophones. Cette masse étudiante gonfle la tranche 18-30 ans bien au-delà de ce qu’on observe dans des villes de taille comparable.
Concrètement, cela signifie que les quartiers proches des campus (autour de Saint-Charles, de Luminy ou de Saint-Jérôme) concentrent une population jeune, souvent locataire, avec des besoins spécifiques en logement et en transport. La demande de petites surfaces y reste très forte, et le taux de rotation des locataires est élevé.
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Vous avez déjà remarqué la différence d’ambiance entre le centre-ville en septembre et en juillet ? C’est précisément ce flux saisonnier lié à la rentrée universitaire qui transforme des quartiers entiers pendant dix mois par an.

Répartition par âge à Marseille : ce que disent les données Insee 2022
Selon le Cariforef Provence-Alpes-Côte d’Azur, 31 % des habitants ont entre 25 et 49 ans. Cette tranche d’âge, la plus représentée, correspond aux actifs en milieu de carrière et aux jeunes parents.
Le reste se distribue entre les moins de 25 ans (une proportion notable, gonflée par la présence étudiante) et les plus de 60 ans. La fiche de l’Institut Montaigne précise que la part des nouveaux arrivants dans la population totale n’est que de 2,9 % en 2022, contre une moyenne de 7,2 % pour les douze plus grandes villes françaises.
Ce chiffre, en baisse par rapport à 2016 (3,4 %), révèle une ville où la population se renouvelle moins vite qu’ailleurs. Les Marseillais restent à Marseille. Ce faible turnover résidentiel contribue à vieillir certains quartiers, tandis que d’autres gardent une population jeune grâce aux étudiants et aux familles installées de longue date.
Retraités à Marseille : une géographie très marquée
Les travaux de l’AGAM (Agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise) et les diagnostics territoriaux de la Ville mettent en évidence un phénomène que les moyennes communales effacent complètement : le vieillissement ne touche pas tous les arrondissements de la même manière.
Les arrondissements littoraux et aisés (7e, 8e, 9e) concentrent une proportion élevée de retraités. Ces quartiers, souvent résidentiels, avec des logements plus grands et un cadre de vie attractif, attirent ou retiennent une population plus âgée.
À l’inverse, les arrondissements nord (13e, 14e, 15e) affichent une population nettement plus jeune, avec davantage de familles nombreuses et de ménages avec enfants. Ce contraste illustre une ville coupée en deux sur le plan démographique, bien plus que ne le laissent penser les statistiques globales.
- Arrondissements sud et littoraux : forte présence de retraités, logements plus spacieux, revenus médians plus élevés
- Arrondissements nord : population plus jeune, familles nombreuses, taux de pauvreté plus marqué
- Centre-ville : mixité générationnelle, petits logements, concentration étudiante et jeunes actifs

Familles et taille des ménages : Marseille face aux autres grandes villes
La fiche métropolitaine AMP indique que 85,2 % des logements marseillais sont des logements collectifs, contre 66,2 % à l’échelle de la métropole Aix-Marseille-Provence. Cette donnée pèse directement sur la composition des ménages.
Dans une ville où les appartements de 3 pièces représentent 35,5 % du parc de résidences principales, les familles avec plusieurs enfants font face à un manque chronique de grands logements. Les 5 pièces et plus restent minoritaires, surtout dans les arrondissements centraux.
Les familles qui ont besoin d’espace se tournent vers les arrondissements périphériques ou les communes voisines. Ce mécanisme explique en partie la concentration de ménages plus petits (personnes seules, couples sans enfant, colocations étudiantes) dans le centre et le sud de la ville.
Taux de pauvreté et emploi : l’autre lecture de la population marseillaise
Les données démographiques prennent un relief différent quand on les croise avec les indicateurs économiques. Le taux de pauvreté à Marseille atteint 26 % en 2021, contre 21,6 % en moyenne pour les douze plus grandes villes françaises. La médiane du niveau de vie s’établit à 20 600 euros, soit environ 2 000 euros de moins que la moyenne du panel.
Le taux de chômage des 15-64 ans a toutefois baissé de façon significative, passant de 12,2 % en 2016 à 9,4 % en 2022, un niveau désormais inférieur à la moyenne des grandes villes (11,2 %). Cette amélioration masque des disparités territoriales fortes : les arrondissements nord restent bien plus touchés que le sud.
- Taux de pauvreté de 26 % (donnée 2021, source Institut Montaigne)
- Médiane du niveau de vie : 20 600 euros, sous la moyenne des grandes métropoles
- Taux de chômage en baisse nette, mais inégalement réparti selon les quartiers
Autre indicateur parlant : Marseille ne compte que 417,6 emplois pour 1 000 habitants, contre 612,4 en moyenne pour les grandes villes. Ce ratio traduit un déséquilibre entre population résidente et offre d’emploi locale, qui pousse une partie des actifs à travailler hors de la commune.
La population de Marseille ne se résume pas à un chiffre global. Les écarts entre arrondissements, entre classes d’âge et entre niveaux de revenus dessinent une mosaïque que les moyennes communales aplatissent. Pour comprendre qui habite cette ville, il faut descendre au moins à l’échelle de l’arrondissement, voire de l’Iris (le plus petit découpage statistique de l’Insee). C’est à cette échelle que les profils d’étudiants, de retraités et de familles prennent leur véritable dimension.

